La foire de la Bsissa à Lamta : la fête que la France ne connaît pas encore
Par Rihab — Fondatrice LAMTA, née à Lamta, Monastir, Tunisie
Chaque année, au mois de mai, ma ville natale de Lamta se transforme. Les ruelles s'animent, les odeurs d'épices envahissent l'air marin, et des centaines de visiteurs venus de toute la Tunisie — et d'au-delà — convergent vers le Ribat Aghlabide pour une célébration que la France ne connaît pas encore : la foire de la Bsissa.
C'est cette fête qui a inspiré le lancement de LAMTA le 17 mai. Pas par hasard — mais parce que la Bsissa et l'huile d'olive sont indissociables dans la tradition de Lamta. Et parce que cette ville mérite d'être connue pour ce qu'elle est vraiment : un trésor culinaire et historique du bassin méditerranéen.
Lamta : une ville millénaire au cœur du Sahel tunisien
Avant de comprendre la Bsissa, il faut comprendre Lamta. Cette ville côtière du Sahel tunisien, située entre Monastir et Mahdia, n'est pas une ville comme les autres. Son histoire remonte à l'Antiquité, lorsqu'elle portait le nom de Leptiminus — ou Leptis Minor — pour la distinguer de Leptis Magna en Tripolitaine.
Leptiminus était une cité stratégique : port commercial carthaginois, alliée de Rome après la destruction de Carthage en 146 avant J.-C., elle reçut le statut prestigieux de "civitas libera et immunis" — cité libre et exempte d'impôts. Hannibal Barca y débarqua en 203 avant J.-C. à son retour d'Italie. Jules César y stationna ses garnisons. Au cœur de tous ces échanges méditerranéens antiques — l'huile d'olive tunisienne.
Sous les Aghlabides, en 859, la ville fut dotée d'un ribat — l'un des plus anciens de la côte ifriquienne — probablement construit sur les ruines d'une forteresse byzantine. Ce ribat, encore partiellement conservé aujourd'hui, est le théâtre de la foire de la Bsissa depuis sa création en l'an 2000.
La Bsissa : une recette préhistorique devenue patrimoine
La Bsissa n'est pas un simple plat. C'est une civilisation dans un bol.
Selon le médecin et préhistorien Ernest-Gustave Gobert, la Bsissa est une nourriture préhistorique dont l'ancienneté remonte au néolithique. Elle est la cousine de la polenta romaine, de l'alphiton grec, du gofio des Guanches des Canaries, du saouiq arabe. Un aliment universel, primordial, que les civilisations méditerranéennes ont toutes connu sous une forme ou une autre.
Dans sa forme tunisienne, la Bsissa est un mélange de farine de blé ou d'orge, enrichi de farine de pois chiche et d'un bouquet d'épices : coriandre, anis, fenouil, marjolaine. La composition varie selon les régions et les familles — il n'y a pas une Bsissa, mais des Bsissas, chacune portant l'empreinte de son terroir.
Sur le plan nutritionnel, la Bsissa est remarquablement équilibrée : les acides aminés du blé et du pois chiche forment un mélange protéiné parfaitement complémentaire, selon les études de l'Institut national de nutrition et des technologies alimentaires de Tunis. Ce n'est pas un hasard si cet aliment a nourri des générations de Tunisiens pendant des millénaires.
L'huile d'olive est au cœur de la préparation solide de la Bsissa — on y ajoute dattes ou fruits secs, et une généreuse rasade d'huile extra vierge. La Bsissa liquide, elle, se prépare avec de l'eau ou du lait. Dans les deux cas, l'huile d'olive de la région — la Chetoui du nord de la Tunisie — est l'ingrédient qui lie, parfume, et nourrit.
La foire de la Bsissa : 25 ans de célébration du terroir
Créée en l'an 2000 par l'Association de Sauvegarde de la Médina de Lamta, la foire de la Bsissa est devenue l'un des festivals culinaires les plus importants de Tunisie. Organisée chaque année dans le cadre du mois du patrimoine (18 avril – 18 mai), elle attire des participants de toutes les régions du pays — et des exposants internationaux venus de France, d'Italie, de Belgique, du Canada, d'Algérie et de Libye.
La 22ème édition du festival, en 2023, avait réuni 127 exposants — contre 80 l'année précédente — avec une hausse significative du nombre de visiteurs. En 2025, un colloque international s'est tenu du 9 au 11 mai à la maison de la culture de Lamta, avec un objectif ambitieux : l'inscription de la Bsissa au patrimoine culturel immatériel de l'UNESCO.
Le programme de la foire est riche : expositions artisanales, ateliers de préparation de plats à l'ancienne, séances scientifiques, soirées musicales, concours de poésie. Mais le cœur de l'événement reste le concours de la meilleure Bsissa — jugé par un jury d'experts en nutrition et gastronomie. Le premier prix s'élève à 1 000 dinars tunisiens.
Bsissa et huile d'olive : une alliance millénaire
La Bsissa ne se conçoit pas sans huile d'olive. Et l'huile d'olive de la région de Monastir — en particulier la variété Chetoui — n'est pas une huile ordinaire.
La Chetoui est l'une des variétés les plus riches en polyphénols du bassin méditerranéen. Intense, poivrée, avec des notes herbacées prononcées, elle apporte à la Bsissa sa profondeur aromatique et ses propriétés nutritionnelles. Les anciens de Lamta le savaient instinctivement — la science le confirme aujourd'hui.
C'est cette alliance — la farine ancestrale et l'or vert de Tunisie — que LAMTA cherche à valoriser. Pas simplement vendre une bouteille d'huile d'olive. Mais raconter une histoire. Celle d'une ville, d'une tradition, d'un terroir qui mérite d'être connu bien au-delà des frontières tunisiennes.
Pourquoi la France devrait connaître la Bsissa
La France compte aujourd'hui une communauté tunisienne de plusieurs centaines de milliers de personnes. Pourtant, la Bsissa reste quasi inconnue du grand public français. Alors que le houmous libanais ou le tagine marocain ont trouvé leur place dans les épiceries fines parisiennes, la Bsissa attend encore sa consécration internationale.
C'est précisément ce manque qui a motivé la création de LAMTA. Une marque qui ne vend pas seulement de l'huile d'olive, mais qui ouvre une fenêtre sur une culture culinaire millénaire. Une culture où l'huile d'olive n'est pas un condiment parmi d'autres — mais le liant de toute une civilisation.
La recette traditionnelle de la Bsissa de Lamta
Pour 4 personnes, en version solide :
- 500g de farine de blé ou d'orge grillée
- 200g de farine de pois chiche
- 1 cuillère à café de coriandre moulue
- 1 cuillère à café d'anis moulu
- 1 cuillère à café de fenouil moulu
- Sucre selon le goût
- Dattes ou figues sèches
- Huile d'olive extra vierge Chetoui — généreusement
Mélangez les farines et les épices. Ajoutez le sucre. Versez l'huile d'olive progressivement en travaillant la pâte à la main jusqu'à obtenir une consistance sableuse qui se tient. Servez avec des dattes et un filet d'huile supplémentaire.
Le secret : la qualité de l'huile d'olive. Une Chetoui fraîchement pressée, récoltée à la main, transforme cette recette ancestrale en une expérience sensorielle incomparable.
Lamta, une ville à (re)découvrir
La foire de la Bsissa n'est pas seulement un festival gastronomique. C'est la célébration d'une identité — celle d'une ville qui a traversé les millénaires en gardant vivant son rapport à la terre, à l'olive, aux épices et au pain.
Chez LAMTA, nous croyons que le meilleur ambassadeur d'une culture est son produit le plus authentique. L'huile Chetoui de Lamta, récoltée à la main chaque novembre dans les oliveraies du nord de la Tunisie, est cet ambassadeur.
La France ne connaît pas encore la Bsissa. Mais elle va apprendre à connaître Lamta. 🫒
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